Ciel bas cet après
midi ! J'ai collé mon nez à la fenêtre de ma chambre, j'aime
cette sensation de fraîcheur. Plus encore j'aime regarder cette buée
opaque autour de l'empreinte de ce bout de ma peau sur le carreau
humide et transparent.
Je m'ennuie.
Je m'ennuie.
Le gros Hervé s'est arrêté
devant chez nous avec son 4X4, "chez nous" c'est la deuxième baraque à gauche de cette rue d'une tristesse sans nom. Sans sortir de sa voiture et après une rapide poignée de mains il s'est mis à discuter avec mon père occupé au jardin. Agité, il a désigné la première maison, celle qui était inoccupée
depuis des mois. Les nouveaux ont du arriver. J'espère qu'ils seront
moins cons que les précédents.
Après le départ d'Hervé la pelle a repris son rythme dans la terre meuble du petit potager. « Les légumes ça se mérite », phrase clé et leitmotiv de mon père que je regarde ahaner et suer à remuer des brouettées de cet espèce d'argile qui ne donne que quelques faméliques courgettes ou des tomates frappées de rachitisme. Personnellement je préfère les frites, mais pas question de planter des tubercules sur le terrain de la famille, « à cause des doryphores. Il faudrait traiter, et le jardinier qu'il est se refuse à utiliser des produits non naturels. Alors les patates on les achète, comme ça ce sont les autres qui les traitent.
Après le départ d'Hervé la pelle a repris son rythme dans la terre meuble du petit potager. « Les légumes ça se mérite », phrase clé et leitmotiv de mon père que je regarde ahaner et suer à remuer des brouettées de cet espèce d'argile qui ne donne que quelques faméliques courgettes ou des tomates frappées de rachitisme. Personnellement je préfère les frites, mais pas question de planter des tubercules sur le terrain de la famille, « à cause des doryphores. Il faudrait traiter, et le jardinier qu'il est se refuse à utiliser des produits non naturels. Alors les patates on les achète, comme ça ce sont les autres qui les traitent.
En bas j'entends ma mère
qui s'active, aspirateur, bibelots remués pour le coup de chiffon
hebdomadaire, un samedi habituel somme toute. En prime, chansons du club Dorothée qu'elle continue à
fredonner depuis des années. La maîtresse du logis, la tornade
blanche munie du balai vengeur et de son chiffon rédempteur harcèle la saleté
où qu'elle se cache.
« La propreté ça
se mérite » aime t'elle à répéter à l'envi, son foulard sur
la tête lorsque je m insurge contre son arrivée serpillière à la
main dans ma chambre quelle que soit mon activité du moment.
Division des tâches,
s'amusent mes parents à l'unisson devant les amies que ma mère accueille le
mercredi pour le goûter, celles du club de bridge. Elles sont les seules invitées
du lieu. Mon père a bien tenté de réunir ses collègues de
travail autour d'un repas, en vain. Il fit deux tentatives, il a du renoncer
devant les disputes qui s'étaient prolongées très tard jusque dans
la chambre à coucher. Dommage, il y avait eu de l'animation, ce qui
est trop rare dans cette maison.
Je m'ennuie.
Je m'ennuie.
Pas envie de sortir, je
risque en plus de me faire embaucher aux travaux de la terre et me
retrouver avec une bêche à la main à écouter les sermons paternels. C'est assez incroyable qu'une
surface aussi petite nécessite autant de peine, de pelletées
rageuses du chef de famille. Il retourne la terre comme si notre vie
ne dépendait que ses travaux de jardinage. Et dire que c'est mon
père! Pourquoi est ce que je ressens pour mes géniteurs cet
énervement qui flirte parfois avec le mépris. Quant à ce qu'ils
ressentent eux, cela m'est égal même si je ne le sais que trop. Je
ne suis qu'un petit con qui ne sait rien des choses de la vie. Mes
dix-sept ans devraient être une chance, ce n'est qu'un handicap. A
leurs yeux j'ai passé l’âge de l'enfance et pas encore atteint
celui de l'indépendance d'esprit. Alors on me guide, on ne m'interdit pas
mais on me fait sentir que je ne saurais en aucun cas être capable
de prendre une décision. On m'influence, on me raisonne, on me fait
sentir tous les inconvénients qu'il y aurait à... Finalement, on
décide pour moi. C'est à croire qu'ils ont traversé cette période
de l'adolescence avec un cerveau en jachère.
Bref, j'esquive, je m'enferme, je me mets à l'abri de l'étroitesse de leurs exigences polies, je ferme ma porte et le chemin de mes oreilles à ma tête quand je le peux. Heureusement mes notes au lycée sont plutôt bonnes sans que je ne me tue à réviser, je dispose donc d'une tranquillité quant aux reproches dues à des résultats médiocres.
Parfois je m'éclipse et tout naturellement mes pas me guident vers l'ancienne filature maintenant friche industrielle à huit cent mètres de la maison ? Quarante ans auront suffit pour faire de cet endroit un désert où la rouille et les mauvaises herbes prennent possession complète des lieux. J'y croise Julien parfois, nous échangeons quelques mots, une cigarette volée au paquet paternel, une blague ou deux, mais nous sommes tous les deux des solitaires, alors notre rencontre vire souvent au silence. Chacun sa merde.
Bref, j'esquive, je m'enferme, je me mets à l'abri de l'étroitesse de leurs exigences polies, je ferme ma porte et le chemin de mes oreilles à ma tête quand je le peux. Heureusement mes notes au lycée sont plutôt bonnes sans que je ne me tue à réviser, je dispose donc d'une tranquillité quant aux reproches dues à des résultats médiocres.
Parfois je m'éclipse et tout naturellement mes pas me guident vers l'ancienne filature maintenant friche industrielle à huit cent mètres de la maison ? Quarante ans auront suffit pour faire de cet endroit un désert où la rouille et les mauvaises herbes prennent possession complète des lieux. J'y croise Julien parfois, nous échangeons quelques mots, une cigarette volée au paquet paternel, une blague ou deux, mais nous sommes tous les deux des solitaires, alors notre rencontre vire souvent au silence. Chacun sa merde.
Oh oooh ! Voilà un personnage qui promet de futurs rebondissements avec un père bien dans ses clous (de girofle) et une mère bien dans ses patins (de cirage). Bien joué M'sieur Java.
RépondreEffacerMerci madame Aubrée. J'ai quand même repris ce texte un peu bancal. Nul doute l'amitié entre les enfants devraient pouvoir se faire. La suite nous le dira
EffacerSuper ! J'adore le rythme du texte et ce personnage !
RépondreEffacerMerci, je ne sais pas qui. j'avais quand même fait quelques erreurs et le texte était bancal, c'est corrigé je peux dormir tranquille, Norbert va faire sa vie. Merci encore
EffacerJe savais que l'écrivain qui était en toi n'était pas mort. Alléluia ! (Humour caustique). Tu me régale... Merci.
RépondreEffacerJ'attendais ta plume, Cat je viens de la decouvrir ici . Pierre est superbe de colere rentrée. J'aime.
EffacerJe découvre Norbert ! Cat encaustique à raison, un écrivain ne meurt jamais, et pour les doryphores, rien ne vaut les gamins armés de pierres, ou de Pierre si ça te dit, scratch, ça jute et c'est marrant. J'aime bien cet univers qui m'est un tantinet familier, longue vie à Norbert !
RépondreEffacerzib est là aussi. les filles je vous aime mais arretez de m'encenser vous etes des plumes autrement plus grandes.
EffacerJava, java et Java!!! Toujours un plaisir de te lire cher ami! J'adore ton personnage et l'ambiance qui ressort de ton texte! Du plaisir assuré!!!! Merci!!!
RépondreEffacermerci l'ami Mathieu
EffacerGrand ordonnateur devant léternel