Une route, c’est le luxe de pouvoir se déplacer aisément, de
savourer la joie d’être mobile, bref de vivre. Pour Damien, c’est pure beauté!
Tous ces véhicules qui circulent dans un va-et-vient incessant le fait et l’a
toujours fait rêver. Il compare ces déplacements au système sanguin. Chacun,
dans leur unicité, véhicule ses forces et besoins vers le lieu de sa
destination, tel un besoin en clignotant rouge qui se voit combler par
l’arrivée de ces occupants motorisés. Pour lui, la vie est bel et bien
organisée. Tout est par le simple
fait que tout doit être et que tous
ont le droit d’exister.
Balancier dans l’équilibre de cet univers, il se considère
comme ce qu’il est en réalité, c’est-à-dire un point d’insignifiance dans une
mer d’abondance. D’ailleurs, pour Damien, se donner de l’importance, c’est
manquer d’assurance et afficher son manque de confiance au grand jour. C’est
donner l’impression que nous avons plus de valeur que les autres, donc se
hisser dans l’illusion de la supériorité. Non, Damien sait pertinemment que sa place
vaut autant que celle des autres.
Damien observe et admire le paysage, la nature possède cet
avantage de se laisser contempler sans demander de compliment. L’autocar dans
lequel il est l’occupant est spacieux et confortable. Ses valises, peu
nombreuse se situent dans le compartiment à bagage sous lui. Comme il possède
peu, il aime savoir où se situent ses avoirs. Non qu’il soit matérialiste, non,
il préfère dire qu’il est organisé et à l’ordre, quoique…
Les autres passagers forment sous son regard, un arc-en-ciel
de différence sous une arche de beauté hétéroclite. Ils sont près d’une
vingtaine tous âges confondus. Certains l’indiffèrent tandis que d’autres lui
attirent le regard. Il y a cette dame aux cheveux noirs qui est littéralement
absorbée par son livre. Un roman à en croire la couverture, l’auteur lui est
inconnu, mais l’image laisse deviner qu’il s’agit d’une histoire d’amour. Rêver
d’une vie différente en se plaçant dans la peau d’une autre… qui connait la
motivation réelle qui amène les gens à lire ce genre de bouquin. Son voisin, un
homme au teint pâle, cheveux en brosse pianote et tambourine sur le rebord de
la fenêtre. Sa barbe de deux jours, en teinte poivre et sel, le col de sa
chemise est froissé et un des coins pointe vers le haut. Négligence ou
insouciance? Peut-être de la simple indifférence?
Sursaut dans l’homme qui vient lui taper sur l’épaule,
Damien revient à la réalité.
— Monsieur, c’est bien vous qui débarquez à St-Vincent?
— Oui, c’est bien moi…Pourquoi?
— Simplement pour vous aviser que nous y serons sous peu! La
gare d’autobus est directement à la sortie de la bretelle. Je voulais
simplement vous prévenir.
— Merci beaucoup!
Damien se prépare mentalement à sa nouvelle vie, nouveau
départ, nouvelle arrivée. Il espère tellement que tout ira bien! Tel un mantra
dans sa tête, il entend la voix qui lui susurre : aie confiance!
L’homme bienveillant lui fait un signe de la tête pour lui
indiquer que l’heure est arrivée pour lui de se préparer et de prendre ses
effets personnels. Damien en profite pour jeter un regard sur l’environnement
qui l’accueillera. Vert. Le bus perd graduellement de la vitesse afin de pouvoir
atteindre le point zéro et enfin, oui enfin, descendre vers sa nouvelle terre d’accueil.
La gare est simple. En fait, elle se résume à un panneau
avec un nom : St-Vincent, ainsi qu’un numéro, soit le 412. À ces côtés, un
banc de bois usé. Puis, c’est tout… Rien d’autre. L’homme qui l’avait
accompagné à l’extérieur lui remet ses valises et lui demande qui est-ce qui
allait le reconduire au village.
La question explosa alors dans sa tête comme une évidence à
laquelle il avait omis de réfléchir. D’où il venait, le transport en commun
était… comment dire… commun! Jamais il n’avait pensé que l’arrêt d’autobus
pouvait être aussi éloigné de son lieu de rendez-vous… Un panneau indicateur,
vert avec des écritures blanches, lui résumait la situation.
St-Vincent, 10 km.
Ciel… Alors que le bus reprend sa destination, lui espère
atteindre la sienne…
Devant le couchant qui se pointe dans le lustre de l’horizon,
l’espoir de trouver un moyen de transport s’amenuise avec la lumière qui se
tamise de plus en plus vite.
C’est alors que dans le noir qui s’annonce, deux phares
pointent en sa direction. Ces derniers appartiennent à un 4x4 qui ralentit et
cesse sa course avant de descendre sa fenêtre.
— Besoin d’un lift mon ti-gars?
Souriant tant pour lui-même que pour le ciel qui lui
souriait encore une fois, refuser cette opportunité était hors de question.
Alors, sans réfléchir ni prendre de temps, il opina du bonnet en remerciant l’occupant
du véhicule.
C’est ainsi que Damien arrive à St-Vincent. À bord d’un 4x4
venu du ciel! Espérant que tout soit toujours ainsi pour lui…
Mais quelle surprise ! Un nouvel occupant de la rue qui arrive de manière inopinée. Belle initiative mon cher conteur et beau personnage que voilà. :-) super !
RépondreEffacerMerci Gente Dame! Finalement, ton 4x4 va servir à plusieurs reprises ;)
EffacerDiable ! Mais cette rue manque cruellement de femmes... Dark ? La perche t'es tendue.
RépondreEffacerBeau texte Mathieu.
Tu as raison! Il faudra bien qu'il y en ait, je vais voir si Damien n'aurait pas une relation qui n'est pas encore arrivée! Merci chère Cat!
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