mardi 7 février 2017

Complicité...

            -Putain ça pue chez toi… Tu peux pas aérer ?  T’a cassé ta glace? On dirait un zombie échappé d’un camp russe… Comment on les appelait déjà ? Oh Damien tu m’écoutes ?

-          Un kolkhoze !

Norbert vida consciencieusement le contenu de son sac à dos sur la table en bois.

            -Non c’est pas ce mot là. Bon on s’en fout. Je t’ai amené des bananes, du chocolat et des croissants avec un litre de coca. Un goulag, oui c’est ça un goulag. J’ai vu un truc là-dessus à la télé. Dur. En tous cas là-bas c’est pas le scrabble qui doit te manquer le plus.

            -Tu pourrais pas changer un peu pour la bouffe ? Je boufferais bien du halouf, je ne suis pas musulman ni végétarien.

            -Je fais comment ? Je fais tes courses à la superette et mes vieux sont connus comme le loup là bas. Si je prends du lourd et que par hasard ils en causent à ma mère, elle va se demander pourquoi ?

            -La différence, c’est quoi ?

            -Des bananes et du chocolat, j’peux expliquer par une petite faim, je vais avoir du mal avec un saucisson, surtout que j’en bouffe jamais… Et puis je suis censé acheter sur mon argent de poche… Ah ! Au fait les bananes sont bios, tu connais ma mère si elle apprend quelque chose, au moins elle saura que je ne m’empoisonne pas. Mais si tu veux aller faire tes petites emplettes tout seul…

            - OK.  C’est bon. Et le vieux ?

Norbert prit son temps pour répondre. Il s’assit sur le canapé et feuilleta d’un air distrait une revue parmi celles qui disputaient l’espace aux papiers gras, aux épluchures de bananes, d’oranges et aux cannettes sur la table basse. Il leva les yeux, l’endroit éclairé seulement par la lumière entre les lames horizontales des persiennes ressemblait de plus en plus à un squat. Même s’il n’en avait jamais vu, c’est comme ça qu’il les imaginait. Le bordel et l’odeur en plus. Il manquerait plus que des rats sur le faux parquet. Ah oui puis des seringues. Déjà l’extérieur lui manquait, en plus il faisait soleil dehors.

-          Il ne bouge pas, mais tu dois le savoir, tu le surveilles comme un vieux curieux. Va bien falloir que tu refasses surface, ton absence commence à faire jaser mes parents. Plus de lumière, plus de bruit, volets fermés. Ils vont finir par appeler les flics si tu veux mon avis.  Et puis, j’en ai un peu assez aussi, je n‘ai plus envie de jouer aux espions même pour te faire plaisir. A mon avis t’es en pleine parano, personne ne te court après.

-         

-          Bon, Camille m’a dit qu’elle avait cru voir quelqu’un chez lui.

-          Raconte…

-          Rien, elle a parlé d’une ombre.

-          Merde…

-          Quoi ?

-          Ici aussi ça bouge, hier j’ai entendu quelqu’un faire le tour de la maison et essayer d’entrer. Ce n’était pas le vieux, il souffle comme un phoque, mon visiteur était discret.

-          A mon avis tu te fais un film. Il ne s’est rien passé en trois semaines. Bon tu fais comme tu veux, mais à mon avis, il faut qu’on te voit. Sérieux ! Ils vont croire que t’es mort.

-           T’as qu’a leur raconter que tu m’as vu en ville et que je crèche avec une petite blonde en ce moment.

-          Et que t’es même pas revenu chercher des affaires.

-          j’suis amoureux dingue, j’peux pas la quitter. On est collés, j’te dis.

Ils éclatèrent tous les deux d’un rire sonore, vite étouffé. Il avait pourtant suffit à rendre l’atmosphère moins pesante et de refaire de l’ado et du jeune adulte, des enfants s’inventant une histoire de grands. Et puis l’angoisse, oh pas envahissante, recommença à se glisser dans leurs veines.

-          Bon je vais rentrer… Norbert se dirigea vers la porte qui donnait derrière.

-          Norbert !

-          Oui ?

-          Merci. Je t’aime bien tu sais.

-          Moi aussi.

Ces mots là, il le savait, étaient en dessous de la vérité. Damien avait pris de la place dans la vie du garçon. Beaucoup de place. Il s’en rendait compte non sans une certaine gêne. C’est pourquoi, il ne s’approchait jamais de son ami. Le seul contact physique qu’il avait eu avec lui datait de la soirée des voisins. Sa main avait touché la sienne il en avait été troublé pendant une semaine.






1 commentaire:

  1. Oh Ooooh ! Il s'en passe des choses inattendues dans cette rue ! Et des relations inattendues aussi. Bravo !
    Je ne voudrais pas être à la place du prochain... n'est ce pas Mathieu ? A toi de relever le défi.

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