jeudi 9 février 2017

Se faire damer le Damien

Une fois seul, son âme vagabondait dans les volutes du n'importe quoi. Ses bras en croix sur lui-même, se berçant dans les délires qui hantaient sa fragilité, Damien parlait pour lui seul, le tout en se berçant sur lui-même. Un mince filet de paroles à peine audible s'expulsait de sa bouche sèche. Son ventre se tordait d'un appétit en souffrance brouillant son esprit davantage qu'il ne l'aurait souhaité. Les cernes sous ses yeux gagnaient en espace sur son visage allégé de ses quelques livres en trop. Le teint doux du grain de sa peau avait perdu de son éclat, remplacé par le blafard nacré. 

Les rideaux écarlates encore froissés car non pressés filtraient mal la lumière du jour déclinant. Quelques embruns de poussière tenaient en équilibre, dans une apesanteur irréelle, voire surnaturelle.  Damien était à plat. Il ne comprenait plus ce qui se passait. Contraste dans la conviction de sa personne avec ce qu'il était à présent. Funambule sans filet, il se sentait choir vers un vide sans fond.  L'équilibre qu'il avait pendant si longtemps maintenu s'était rompu dès qu'il avait mis le pied dans ce bled perdu.   

Damien ne savait comment expliquer le fil de sa déchéance dans le déclin de sa vie pourtant saine d'antan. Comment peut-on basculer aussi rapidement dans l'obscur de sa vie, céder sous le poids de l'oppression des pulsions basses de celui qu'il n'était pas.  

Échafaudage en quête de solution salvatrice dans la vaine tentative d'un grain d'espoir à s'accrocher, il relégua sur les autres les fautes. Il ne pouvait songer qu'il pouvait s'y attribuer les torts, alors ses réflexions le porta vers Pierre. L'infâme et acariâtre vieux grincheux à la peau flasque. Cet être, avait tout de l'emmerdeur de première. Il ne peut l'expliquer, mais cet être avait fait sortir de lui une violence qu'il ne se connaissait pas. Comme s'il avait réveillé la bête en lui, le côté sombre, le mal, son mal... L'autre... Comme l'ombre de lui-même... oui, son ombre.  

Un bruit le fit sursauter derrière lui. Un craquement inhabituel mais pourtant commun. Damien se savait seul dans la maison et le chat du voisinage avait d'ailleurs mystérieusement disparu depuis un temps, alors cette hypothèse s'écarte de lui comme d'une banalité à oublier. 

Un courant d'air froid fit valser les rideaux pourtant immobiles depuis le départ du gamin... Sa peau frissonna provoquant l'émergence d'une chair de poule inesthétique. De glace et pourtant bouillant de curiosité, il risqua un coup d'œil par-dessus son épaule malgré la crainte de voir et savoir. 

Dans le vide qui l'entourait,  rien... seul un bruit trouva écho jusqu'à son oreille... un mot... un seul... 

— Tabarnak...  


2 commentaires:

  1. TABARNAK ! Génial Mathieu, j'adore. ça bouge ça bouge. L'ombre et le disparu dans la même pièce... ça va chauffer... ou pas.

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  2. gare au prochain... Ca commence à sentir le soufre. Aïe aîe. Madame Cat à vous l'honneur de prendre le relais.

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