Un frisson naît sur la pointe de sa nuque. Il ne peut l’expliquer,
mais il sent que quelque chose cloche. Un détail, peut-être insipide, toujours
est-il que ce dernier se dresse devant lui comme une entrave à son bonheur. L’air
parfumé de la campagne s’était à présent évanoui. Comme si mettre le pied sur
le pavé de sa rue nouvelle avait éteint un je ne sais quoi… Damien, inquiet,
regarde partout autour de lui afin de bien comprendre ce qui se passe. Tout
était si beau, magique, et empreint de charme bienveillant.
La lune était toujours dans son axe, les lumières jaunes des
réverbères brillaient toujours de leur éclat blafard et les insectes y volaient
encore en quête de… lumière. Étrangeté et incongruité de l’évolution que cette
nature vivant de nuit se repaître de lumière… Aucune voiture ne passe, nul
passant, rien… le vide et le néant.
Comme la peur est une sensation qui croît plus, on y
consacre notre préoccupation, Damien la sent gravir les résistances qui le
protégeaient d’ordinaire. Alors, que la raison s’étiole en lui, il décide de
trouver son domicile et de s’y cacher le plus rapidement possible.
La rue porte encore en elle les séquelles du chantier. Quelques
débris de construction jonchent les abords du chemin. Retailles de bardeaux,
amas de terre souillé où se mélangent gravier, déchets et autres matières
organiques quelconques.
Les demeures, au nombre de cinq, lui font face, diffèrent de
celles croisées à son arrivée. Rien à voir avec les maisons champêtres. On y
sent la modernité jusqu’aux matériaux rendant le mélange des styles un peu trop
éclectique à son goût. Nul arbre ne pousse et tout est à faire. Terre vierge en
peine d’être meublée.
Damien ne sait pas s’il apprécie cette chance ou s’il y voit
un labeur au-delà de ses compétences. Il n’avait jamais été très à l’aise avec
la déco. Il entend encore les commentaires des filles qu’il ramenait chez lui.
Elles étaient toutes d’accord sur ce point, son antre était bien celui d’un
célibataire qui n’avait jamais réellement eu un pied à terre. Des murs blancs,
d’origines. Des murs vierges de cadres ni photo. Aucun objet de valeur, qu’il
soit décoratif ou symbolique. Les armoires vides ou presque, que l’essentiel
pour une personne soit, un couvert propre et un qui traîne dans l’évier. Du
mobilier récupéré sur le bord du trottoir et un matelas à même le sol. Bref, qualifier
de rustique ne serait pas un euphémisme.
Au final, toute cette nouveauté, tantôt excitante l’angoissait
à présent… Il continue d’avancer vers sa demeure, c’est la dernière de la rue.
Elle lui fait face. Ils se toisent en silence, mais Damien ne saurait dire
pourquoi, il ressent le poids lourd d’une paire d’yeux, comme s’il était épié
voire en danger. Les poils de son corps se dressent et la panique le coiffe d’adrénaline.
Il doit rentrer chez lui et d’ailleurs les yeux lui piquent de fatigue, la
journée a été longue et la nuit s’annonce l’être tout autant, car… sa maison
est vide. Comme lui en ce moment… Étrangeté dans la situation toute neuve,
jamais Damien ne s’était senti aussi démuni et dépourvu. Lui qui jadis, soit
quelques minutes à peine, était confiant et croyait au destin… Cette rue… cette
rue lui fout les jetons… Pour agrémenter cette peur, un vent froid passe et lui
glace le sang en même temps que passe une chouette dans sa nuit. Une perle de
sueur froide glisse le long de sa joue. Comment peut-il grelotter en cette nuit
chaude? Les ombres jouent également avec ses nerfs. Il parait que notre cerveau
tente de rendre concret/connu ce qui est flou pour l’œil. Mécanisme de défense
qui rend pourtant vulnérable. La vie est ainsi faite, de contradictions et de
contradictions.
Un bruit en provenance d’une maison le terrasse le sort de
sa rêverie en cauchemar. Sans réfléchir, il court vers sa maison. Son cœur qui
bat lui fait mal tant l’effort est au-delà de ses habitudes. Intérieurement, il
maudit ses excès quels qu’ils soient hélant au ciel que demain il ferait plus
attention à lui et sa santé. Il gravit les cinq marches de béton et arrive face
à sa porte. Sa porte, celle de sa nouvelle vie… Il se l’admet, son arrivée est
plutôt ratée. Il plante sa main dans sa poche afin d’en extraire les clefs et
enfin, oui enfin entrer et se mettre à l’abri. À l’abri de quoi, il l’ignore si
ce n’est que de lui-même…
Un cri dans la nuit, c’est comme un éclair sur un ciel noir,
il détonne davantage. Quelques lumières s’allument et Damien voit des rideaux
qui se tirent afin de voir l’origine de ce bruit.
Les clefs… il ne les avait pas… Elles devaient être dans ses
boîtes qui arriveront sous peu… Abattu et honteux, Damien alla vers l’arrière
de chez lui, espérant une fenêtre ouverte. Hélas… trois fois hélas… Résigné, il
se couche sur la petite galerie de bois priant pour que le ciel ne se tapisse
pas de nuages de pluie…
Nous voici avec un Damien un peu plus défini entrant dans sa maison du bout de la rue. Beau personnage très humain et attachant.
RépondreEffacerMerci Gente Dame! Vous avez aussi fait votre part pour le définir également dans votre suite! MErci!!!!
Effacerca et le texte de Aubree. Ca prend une bonne tournure. Bravo
RépondreEffacerVoilà qu'on cerne un peu plus le personnage... A suivre donc. Bravo.
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