mercredi 29 juin 2016

Damien arrive au village...

Le destin est une fleur qui se sème d’espérance. Damien est silencieux, mais reconnaissant devant cet homme qui le conduit à sa demeure. Le propriétaire n’a pas posé d’autre question que l’adresse à laquelle il souhaitait se rendre. Une fois informé, il se tut sans plus. Pourtant, Damien avait tant de questions à poser. Mais elles ne prenaient pas la porte de la sortie, mais davantage celle de l’exil vers le passage de l’oubli.

Le 4X4 est modeste tant dans son habitacle que dans son confort. Damien ressent le cahotement de la route.  La suspension n'offre pas tout le luxe qu'il espérait après tout ce temps passé dans l'autobus. L’intérieur de la voiture est tout de noir recouvert, l’espace qui l’entoure est sombre. Seuls les témoins lumineux verts et oranges de la console se jouent de la nuit en offrant leur pauvre reflet. La radio ne semble pas vouloir rompre ce silence qui pèse sur eux. Son compagnon est concentré et fixe la route sans en détacher le regard. Il est vêtu simplement, sans artifice d’un jean noir et d’une chemise de la même couleur. Ses cheveux bruns sont courts, coupe classique pour un homme qui le semble tout autant.

Pour casser cette ambiance, Damien tente une question bien simple.

— C’est encore loin grand Stroumph? Accompagné d’un sourire qui se veut amical.

— Plus très, plus très.

Et déjà ce silence qui reprend la route, cette accalmie était de courte durée, un peu trop au goût de Damien, mais qu’importe.

D’ailleurs, le chauffeur engage un clignotant en lui indiquant qu’il est maintenant le temps de descendre.

     Je ne peux aller plus loin. La rue des trèfles est tout près. Poursuis ta route sur la principale et tourne à gauche sur Larochelle, puis à droite. Ta maison se trouve au bout de la rue. Bonne route et bonne chance l’ami!

Sans attendre la réponse, la camionnette reprend sa route vers une autre destination. Une question se pointe dans sa tête, mais pourquoi est-ce qu’il ne peut aller plus loin?

Le vent est doux et chaud, ébouriffant légèrement ses cheveux. Il fait chanter les feuilles des arbres à proximité. La lune caresse la nuit de sa blancheur candeur. Quelques étoiles l’accompagnent dans son tour de garde. Le clocher tranche le ciel de sa croix élimée. Les quelques rares lampadaires diffusent une lumière jaune dans un nuage de moustiques qui l’accompagnent. Il hésite à avancer, il ne veut pas rompre le charme de cette première rencontre. Il est bien et se sent bien. Palpant de sa main le revers de sa poche gauche, il se conforte dans l’idée que la clé de sa nouvelle vie y est bien en place. Rassuré, il ferme les yeux et hume le parfum frais de la campagne. Les rues abandonnées invitent à la marche, alors, sans se faire prier, il chemine vers sa demeure. Tout est vide, seules quelques lumières trahissent la vie dans les maisons qui occupent la rue principale. Des couche-tard pense tout haut Damien. Les habitations sont rustiques et des bouquets de fleurs ornent les lumières de rue. Des bégonias rouges accompagnés de graminées, peut-être des pennisetums… qu’importe, l’effet est joli!

Le trottoir est impeccable, aucun déchet sur le sol ni papier. Puis, sur au sommet d’une tige verte en fer forgé, un écriteau indiquant que la rue qui naît se nomme Larochelle. Déjà se dit-il.

Ici, nulle lumière que son instinct pour se guider avec l’aide bienveillante de l’astre nocturne. Une autre tige au nom dressé s’offre à Damien. Rue du trèfle à quatre feuilles. Arrivé il est… Un frisson le secoue étrangement. Puis un autre et puis, plus rien. Sans l'explique, il sent le besoin de se presser à présent...



samedi 11 juin 2016

Damien

Une route, c’est le luxe de pouvoir se déplacer aisément, de savourer la joie d’être mobile, bref de vivre. Pour Damien, c’est pure beauté! Tous ces véhicules qui circulent dans un va-et-vient incessant le fait et l’a toujours fait rêver. Il compare ces déplacements au système sanguin. Chacun, dans leur unicité, véhicule ses forces et besoins vers le lieu de sa destination, tel un besoin en clignotant rouge qui se voit combler par l’arrivée de ces occupants motorisés. Pour lui, la vie est bel et bien organisée. Tout est par le simple fait que tout doit être et que tous ont le droit d’exister.

Balancier dans l’équilibre de cet univers, il se considère comme ce qu’il est en réalité, c’est-à-dire un point d’insignifiance dans une mer d’abondance. D’ailleurs, pour Damien, se donner de l’importance, c’est manquer d’assurance et afficher son manque de confiance au grand jour. C’est donner l’impression que nous avons plus de valeur que les autres, donc se hisser dans l’illusion de la supériorité. Non, Damien sait pertinemment que sa place vaut autant que celle des autres.

Damien observe et admire le paysage, la nature possède cet avantage de se laisser contempler sans demander de compliment. L’autocar dans lequel il est l’occupant est spacieux et confortable. Ses valises, peu nombreuse se situent dans le compartiment à bagage sous lui. Comme il possède peu, il aime savoir où se situent ses avoirs. Non qu’il soit matérialiste, non, il préfère dire qu’il est organisé et à l’ordre, quoique…

Les autres passagers forment sous son regard, un arc-en-ciel de différence sous une arche de beauté hétéroclite. Ils sont près d’une vingtaine tous âges confondus. Certains l’indiffèrent tandis que d’autres lui attirent le regard. Il y a cette dame aux cheveux noirs qui est littéralement absorbée par son livre. Un roman à en croire la couverture, l’auteur lui est inconnu, mais l’image laisse deviner qu’il s’agit d’une histoire d’amour. Rêver d’une vie différente en se plaçant dans la peau d’une autre… qui connait la motivation réelle qui amène les gens à lire ce genre de bouquin. Son voisin, un homme au teint pâle, cheveux en brosse pianote et tambourine sur le rebord de la fenêtre. Sa barbe de deux jours, en teinte poivre et sel, le col de sa chemise est froissé et un des coins pointe vers le haut. Négligence ou insouciance? Peut-être de la simple indifférence?

Sursaut dans l’homme qui vient lui taper sur l’épaule, Damien revient à la réalité.

— Monsieur, c’est bien vous qui débarquez à St-Vincent?
— Oui, c’est bien moi…Pourquoi?
— Simplement pour vous aviser que nous y serons sous peu! La gare d’autobus est directement à la sortie de la bretelle. Je voulais simplement vous prévenir.
— Merci beaucoup!

Damien se prépare mentalement à sa nouvelle vie, nouveau départ, nouvelle arrivée. Il espère tellement que tout ira bien! Tel un mantra dans sa tête, il entend la voix qui lui susurre : aie confiance!

L’homme bienveillant lui fait un signe de la tête pour lui indiquer que l’heure est arrivée pour lui de se préparer et de prendre ses effets personnels. Damien en profite pour jeter un regard sur l’environnement qui l’accueillera. Vert. Le bus perd graduellement de la vitesse afin de pouvoir atteindre le point zéro et enfin, oui enfin, descendre vers sa nouvelle terre d’accueil.

La gare est simple. En fait, elle se résume à un panneau avec un nom : St-Vincent, ainsi qu’un numéro, soit le 412. À ces côtés, un banc de bois usé. Puis, c’est tout… Rien d’autre. L’homme qui l’avait accompagné à l’extérieur lui remet ses valises et lui demande qui est-ce qui allait le reconduire au village.

La question explosa alors dans sa tête comme une évidence à laquelle il avait omis de réfléchir. D’où il venait, le transport en commun était… comment dire… commun! Jamais il n’avait pensé que l’arrêt d’autobus pouvait être aussi éloigné de son lieu de rendez-vous… Un panneau indicateur, vert avec des écritures blanches, lui résumait la situation.

St-Vincent, 10 km.

Ciel… Alors que le bus reprend sa destination, lui espère atteindre la sienne…

Devant le couchant qui se pointe dans le lustre de l’horizon, l’espoir de trouver un moyen de transport s’amenuise avec la lumière qui se tamise de plus en plus vite.

C’est alors que dans le noir qui s’annonce, deux phares pointent en sa direction. Ces derniers appartiennent à un 4x4 qui ralentit et cesse sa course avant de descendre sa fenêtre.

— Besoin d’un lift mon ti-gars?

Souriant tant pour lui-même que pour le ciel qui lui souriait encore une fois, refuser cette opportunité était hors de question. Alors, sans réfléchir ni prendre de temps, il opina du bonnet en remerciant l’occupant du véhicule.

C’est ainsi que Damien arrive à St-Vincent. À bord d’un 4x4 venu du ciel! Espérant que tout soit toujours ainsi pour lui…






mardi 7 juin 2016

Pierre

Vide. Cette maison transpire le vide. Sa charpente de métal ne pèse pas encore ses années sur ses murs de moellons bons marché et ses façades, fraichement crépies, ne dévoilent aucune ride, ni aucune blessure du temps. Cette maison pue le neuf. Il faut dire qu’elle n’est construite que depuis quelques mois seulement et, n’a donc pas encore subit les mille turpitudes et autres caprices des saisons changeantes.
Vide. Elle est vide. Sans âme. Elle ne dégouline d’aucun souvenir, d’aucune tristesse, d’aucun sourire. Elle est vierge de vie et ça la rend ennuyeuse, terne.

Cela fait bientôt deux mois que Pierre a débarqué avec ses deux petites valises dans ce lieu encore stérile de ses rires et il ne s’y sent toujours pas chez lui. Il squatte cette maison, bien plus qu’il ne l’habite en vérité. Il lui fallait un toit, il a un toit. Point. Il ne l’a nourri que de nécessités : un lit et son chevet, une petite armoire, une table, une chaise, un vieux frigo, un gaz, un mini four et quelques meubles de rangement dans la cuisine. Son petit plus ? Un  micro-onde, pratique pour réchauffer ses restes de repas. Les autres futilités peuvent bien attendre. Il doit d’abord se sentir bien dans cette villa pour ne serait-ce, que penser, à lui habiller ses murs de peintures ou de tapisseries au rabais.

Pierre n’aime personne et certains au village racontent, entre deux murmures, qu’il ne s’aime pas lui-même et qu’il a le cœur aussi dur que son prénom. Lui, bien sûr, il s’en fout des « qu’en-dira-t-on », tous des cons de toute façon. Juste bons à vomir leurs ragots sur la place du marché pendant que leurs femmes, ces grenouilles de bénitier, cancanent à tout va entre deux « Notre Père ». 

Les villageois, Pierre les connaît tous. Il faut dire que ça fait bientôt soixante-deux ans qu’il a poussé son premier cri dans l’une des quatre chambres de la ferme familiale située à huit cent mètres du village de St Vincent. La ferme familiale. Une vieille bâtisse en pierre, comme il s’en construisait des centaines au début du siècle. La ferme familiale. Cette maison qu’il n’a jamais voulu quitter, même lorsque des promoteurs immobiliers, ces requins en costumes, lui avaient balancé des liasses de billets verts sur sa vieille table en chêne, pour construire à sa place, un lotissement qui devait, selon eux, renouveler la population vieillissante de St Vincent. Cette maison… SA maison. Il n’était pas question à l’époque, comme il l’est encore moins aujourd’hui, que des jeunes de la ville viennent piétiner sa terre avec leurs derbies ou autres mocassins chics et qui ne supportent pas la plus petite tâche de boue sur l’ourlet de leur pantalon. Ces gens-là ne valent rien. Ils arrivent chez vous pour se débarrasser des pollutions de la ville et signent des pétitions pour empêcher leur voisin agriculteur d’étaler du fumier dans ses champs. S’ils pouvaient, ils feraient même voter une loi qui interdirait aux coqs de chanter avant l’aube et aux cloches des églises de ne plus sonner l’angélus. Bien que ça lui ferait drôlement plaisir à lui, qu’on leur ferme leur clapet pour une fois à ses églises.  Quoi qu’il en soit, des gens comme ça, il n’en veut pas chez lui. Jamais.

Sa maison lui manque. Elle qui claquait sur ses murs, il y a encore peu de temps de cela, les rires et les colères de ses aïeuls. Elle qui connaissait ses silences et qui le laissait en paix dans ses solitudes. Pas comme ces autres qui le disaient asocial parce qu’ils ne comprenaient pas. Sa maison lui manque. Il revoit les flammes, puissantes comme des mâchoires de monstres, dévorer son antre sans aucun état d’âme. Il les entend encore crépiter leur faim sur ses souvenirs impuissants et dégueuler sur le sol noirci, les cendres de son passé lointain. Sa maison… Paysage de désolation.

Les pompiers lui ont dit qu’il y avait eu un court-circuit dans la buanderie. Mais lui, il n’est pas dupe, il sait que c’est certainement l’œuvre de l’un de ses foutus voisins, jaloux et haineux envers tout ce qui ne leur ressemble pas. Même les pompiers sont des vendus. Ils savent que ce feu est criminel, mais le taise pour préserver la soi-disant tranquillité de St Vincent. Oh non ! Pierre n’est pas stupide et sa vengeance ruminée n’en sera que plus terrible !
En attendant le ridicule remboursement des assurances, Pierre a aménagé au mieux, la vieille écurie à chevaux. La mairie lui avait bien proposé l’un de ses logements sociaux, mais Pierre les avait bien vite envoyé promener d’un obscène bras d’honneur, eux et leur saloperie de pitié. C’est tout ce que méritaient ces faux-cul de conseillers.

La mère Fatton avait même tenté de lui refourguer, par générosité gerbante, quelques vielles gamelles qui devaient dormir depuis une éternité dans le fond de sa cave, tant elles puaient la moisissure. Il lui avait jeté si violemment l’une de ces casseroles que la mère Fatton en était quitte pour un bel hématome au derrière. Au moins, ça lui fera un peu de repos à celui-là, qui n’avait de cesse d’être bourré par les mâles en chaleur.

Tout le monde au village pensait qu’il allait enfin quitter la commune. Mais on ne se débarrasse pas du Pierre aussi facilement. Et, c’est avec un sourire emprunté au Diable lui-même, qu’il est devenu le propriétaire de l’une des cinq villas construites récemment dans la rue du trèfle à quatre-feuilles. À ce propos ? Quel est donc l’imbécile qui a baptisé cette rue ? Encore l’un de ses illuminés qui croit toujours à la chance. Connerie. De la chance, il lui en faudrait une sacrée dose pour pouvoir supporter ses voisins.

Ainsi, Pierre est le propriétaire d’une maison vide, sans âme, qu’il a investi du seul souvenir qui n’avait pas péri dans les flammes : lui.

Derrière ses rideaux, il scrute la rue. N’allez pas dire qu’il espionne ses voisins, c’est tout le contraire, il surveille juste sa propriété. Parce que personne ne doit s’en approcher. Cette maison, c’est sa nouvelle maison et comme dans l’autre, il veut juste qu’on lui foute la paix.

Ça y est ! Voilà d’autres gars de la ville. Putain ! Ils ont même des gosses ! Pierre n’aime pas les enfants. Juste bons à chialer et à vous poser des questions auxquelles on n’a pas envie de répondre. Certains sont même effrontés, surtout ceux de cette dernière génération. Des enfants rois élevés dans ces nouvelles technologies qui leur bouffent le cerveau, et des parents de plus en plus écartés de leur vie, jusqu’à s’en trouver complètement effacés. Bah ! Après tout, bien fait pour eux, ce n’est pas Pierre qui va les plaindre.


Pierre se sent soudain inquiet. Il n’arrive pas à détacher son regard de cette môme. Elle n’est pas comme les autres. Elle paraît espiègle, et ça, ce n’est pas bon. Pas bon du tout. C’est sûr, cette gamine va l’emmerder. Il va falloir s’en méfier et ne pas la quitter des yeux. Non. Surtout ne pas la quitter des
yeux.

lundi 6 juin 2016

Bertrand

La paix, je ne veux que la paix. Ce n’est pas trop demandé… C’est pas compliqué non plus, LA PAIX! J’en ai assez de cette ville de m…. Il faut que j’en sorte sinon je sens que je vais faire un malheur…J’espère la trouver dans ce bled perdu. Le promoteur m’a assuré que c’était tranquille et que je n’aurais plus à me soucier de…Bahhh… Oublions le passé.  

Encore 50 kilomètres et j’y serai. J’ai bien hâte de voir ce village. 50 kilomètres… ça ne sera pas trop tôt. Mon derrière ne pourra plus supporter ce siège encore bien longtemps. D'ailleurs, je n'ai jamais aimé cette voiture. On y est mal assis et que dire de la conduite, un vrai citron... Le vendeur doit rire de moi en ce moment... une aubaine qu'il me disait, une véritable chance... La seule chance qui existe, c'est celle que je lui donné en le débarrassant de cette carcasse à moteur.  

Voyons... encore des nids de poules... Ils ne savent pas faire des routes par icitte. Il me semble qu'avant c'était mieux fait... d'ailleurs tout était mieux avant, absolument  TOUT!  Ces routes vont finir par venir à bout de cette cabine de malheur. J'espère simplement que mon sciatique va tenir le coup, parce que je suis certain qu'il n'y pas de clinique dans ce trou de bordel de m....  

Quoi, encore 40 kilo... c'est ben long... voyons, ça avance pas cte char là!!! Maudite vie de marde... La chance, je le sais depuis longtemps, c'est pour les autres, pis moé... ben j'ramasse les miettes.  

C'est quoi dont... le nom de ce village perdu ... Ah oui, c'est vrai St-Vincent… St-Vincent... c’est qui celui-là! Je n’ai jamais compris pourquoi il fallait donner des noms de saints à des villages. Ça veut rien dire… Encore le clergé qui voulait tout mener j’imagine. Osti qui s'aime c'te gang là! Ils peuvent ben aimer ce... 

Bon plus que 20 bornes... J'en peux plus... Pourquoi il faut que ce soit si loin... Comme le disait mon grand-père :"plus t'es loin, plus t'as quekchoz à cacher...". Ça doit vraiment pas être beaux leur secret à eux... J'espère seulement que.... AHHHHHHHHHHHHHHH, j'vas-tu finir par m'a fermer... C'est quoi l'idée d'arrêter de fumer alors que tout part en boule... Il faut vraiment être "maso" pour s'infliger de telle souffrance dans un ti boutte de temps...   

5kilo! Enfin! 

Oh... je viens de passer la bretelle pour arriver à mon temple nouveau... HÉÉÉÉÉÉÉÉÉÉ maudit malade... C'est quoi l'idée de me couper le chemin. Osti de 4x4 de marde... Ils se croient vraiment tout permis ces têtes enflées de véhicule utilitaire... Je ne le crois pas... Il me fait un finger... M'a y'en faire moé un finger... Watch-moé ben allé, y crèra pas à ça!!! T'aimes-tu ça toi te faire coller dans le derrière de même... tu vois, c'est moins drôle quand c'est pas toé qui se fait chauffer!  

Kossé ki fait avec les bras en l'air... Pourquoi il s'énerve autant...  

AHHHHHHHHHHHHHHHHHHH............................................................. 

Dans le calme de la lande prairie verte qu'offre St-Vincent, on put entendre au loin, un tonnerre assourdissant de tôles se froissant sous l'impact d'une Renaud effectuant plusieurs tonneaux avant de terminer sa course dans la rivière aux Trois-saumons. Nul ne peut expliquer les raisons de cet accident, mais ce que l'on sait c'est que le conducteur n'a pas survécu...  

Tandis que dans le bureau d'un promoteur immobilier, le téléphone sonnait pour annoncer que la vente est annulée et qu'il faut trouver un nouvel acheteur... 













mercredi 1 juin 2016

Norbert




Ciel bas cet après midi ! J'ai collé mon nez à la fenêtre de ma chambre, j'aime cette sensation de fraîcheur. Plus encore j'aime regarder cette buée opaque autour de l'empreinte de ce bout de ma peau sur le carreau humide et transparent.

Je m'ennuie.

Le gros Hervé s'est arrêté devant chez nous avec son 4X4, "chez nous" c'est la deuxième baraque à gauche de cette rue d'une tristesse sans nom. Sans sortir de sa voiture et après une rapide poignée de mains il s'est mis à discuter avec mon père occupé au jardin. Agité, il a désigné la première maison, celle qui était inoccupée depuis des mois. Les nouveaux ont du arriver. J'espère qu'ils seront moins cons que les précédents.

Après le départ d'Hervé la pelle a repris son rythme dans la terre meuble du petit potager. « Les légumes ça se mérite », phrase clé et leitmotiv de mon père que je regarde ahaner et suer à  remuer des brouettées de cet espèce d'argile qui ne donne que quelques faméliques courgettes ou des tomates frappées de rachitisme. Personnellement je préfère les frites, mais pas question de planter des tubercules sur le terrain de la famille, « à cause des doryphores.  Il faudrait traiter, et le jardinier qu'il est se refuse à utiliser des produits non naturels. Alors les patates on les achète, comme ça ce sont les autres qui les traitent.

En bas j'entends ma mère qui s'active, aspirateur, bibelots remués pour le coup de chiffon hebdomadaire,  un samedi habituel somme toute. En prime, chansons du club Dorothée qu'elle continue à fredonner depuis des années. La maîtresse du logis, la tornade blanche munie du balai vengeur et de son chiffon rédempteur harcèle la saleté où qu'elle se cache.

« La propreté ça se mérite » aime t'elle à répéter à l'envi, son foulard sur la tête lorsque je m insurge contre son arrivée serpillière à la main dans ma chambre quelle que soit mon activité du moment.
Division des tâches, s'amusent mes parents à l'unisson devant les amies que ma mère accueille le mercredi pour le goûter, celles du club de bridge. Elles sont les seules invitées du lieu. Mon père a bien tenté de réunir ses collègues de travail autour d'un repas, en vain. Il fit deux tentatives, il a du renoncer devant les disputes qui s'étaient prolongées très tard jusque dans la chambre à coucher. Dommage, il y avait eu de l'animation, ce qui est trop rare dans cette maison.

 Je m'ennuie.

Pas envie de sortir, je risque en plus de me faire embaucher aux travaux de la terre et me retrouver avec une bêche à la main à écouter les sermons paternels. C'est assez incroyable qu'une surface aussi petite nécessite autant de peine, de pelletées rageuses du chef de famille. Il retourne la terre comme si notre vie ne dépendait que ses travaux de jardinage. Et dire que c'est mon père! Pourquoi est ce que je ressens pour mes géniteurs cet énervement qui flirte parfois avec le mépris. Quant à ce qu'ils ressentent eux, cela m'est égal même si je ne le sais que trop. Je ne suis qu'un petit con qui ne sait rien des choses de la vie. Mes dix-sept ans devraient être une chance, ce n'est qu'un handicap. A leurs yeux j'ai passé l’âge de l'enfance et pas encore atteint celui de l'indépendance d'esprit. Alors on me guide, on ne m'interdit pas mais on me fait sentir que je ne saurais en aucun cas être capable de prendre une décision. On m'influence, on me raisonne, on me fait sentir tous les inconvénients qu'il y aurait à... Finalement, on décide pour moi.  C'est à croire qu'ils ont traversé cette période de l'adolescence avec un cerveau en jachère.

 Bref, j'esquive, je m'enferme, je me mets à l'abri de l'étroitesse de leurs exigences polies, je ferme ma porte et le chemin de mes oreilles à ma tête quand je le peux. Heureusement mes notes au lycée sont plutôt bonnes sans que je ne me tue à réviser, je dispose donc d'une tranquillité quant aux reproches dues à des résultats médiocres.

 Parfois je m'éclipse et tout naturellement mes pas me guident vers l'ancienne filature maintenant friche industrielle à huit cent mètres de la maison ? Quarante ans auront suffit pour faire de cet endroit un désert où la rouille et les mauvaises herbes prennent possession complète des lieux. J'y croise Julien parfois, nous échangeons quelques mots, une cigarette volée au paquet paternel, une blague ou deux, mais nous sommes tous les deux des solitaires, alors notre rencontre vire souvent au silence. Chacun sa merde.