lundi 30 mai 2016

L'air innocent de "St-Vincent"

L’heure du dîner sonne dans le clocher. Il retentit de ses douze coups, harmonieusement. Vestige d’un temps où elles rythmaientt les mœurs et des habitants, aujourd’hui, patrimoine de sa plus simple expression. Certains, se berçant sur leurs galeries, nourrissent de regrets cette époque où tout était plus simple... selon eux. D’ailleurs, lors de rassemblement populaire, ils jouent de nostalgie un sifflant aux oreilles les mêmes histoires, maintes fois répétées, trop de fois selon plusieurs, mais on ne peut leur en vouloir. Ils sont les archives d’une époque révolue. Les jeunes se plaisent d’ailleurs à les nommer les « Gardiens d’un jadis éloigné ».   
  
Les jeunes, pour leur part, s’occupent comme ils le peuvent. Il faut dire qu’à St-Vincent, la vie se résume et se rythme bien souvent au cycle des saisons et des tâches qui y sont associées. Les fermiers, en supériorité numérique, tiennent les rênes du pouvoir, ainsi, ils érigent une barrière à l’évolution des nouvelles technologies et ferment la porte aux offres d’affaires qui passent en colporteurs semaine après semaine. Ainsi, les jeunes usent de stratégies pour tuer le temps, comme si le temps était mortel... mais ça, c’est un autre débat. Les adolescents parcourent les sentiers forestiers en quête de sensations fortes. Jeu d’équipe extrême qui consiste à attacher un adversaire à un arbre et le laisser ainsi jusqu’à ce qu’un membre de son équipe le découvre et le libère. Le tout sans se faire repérer par l’adversaire. Le petit Gaspard avait d’ailleurs failli y passer une nuit entière si sa mère n’avait pas hurlé contre ses amis afin qu’ils le retrouvent avant la tombée complète de la nuit.   
  
Cependant, comme rien n’est infaillible, le vieux père Trémond, avec ses soucis constants financiers, a mis un genou à terre. La faillite en épée Damoclès ne lui avait pas laissé le choix... Mauvais placements et perte de la valeur du blé sur le marché lui avaient fait perdre plus que ce qui ne pouvait s’en permettre. Résigné, pourtant fier, il avait cédé à vendre une partie de sa terre à un promoteur immobilier. 

Rapidement, les grues et autres pelles mécaniques se sont invitées à St-Vincent et une rue, la première à voir le jour depuis plus de 39 ans, était apparue. La rue du trèfle à quatre feuilles. Original, nul ne savait le dire, car comment savoir ce qui porterait chance dans cette nouveauté qui s’invitait ici.   
  
Les curieux se pointent le bout du nez au coin de la rue pour y voir quelle tête pouvait bien avoir ces nouveaux. On voyait plus de voitures circuler depuis un certain temps, et les « Gardiens d’un jadis éloigné » n’aiment pas cette activité nouvelle qui troublait leur quiétude. Puis, en peu de temps, 5 maisons voient le jour et déjà les camions de déménagement s’y garaient. Ces « nouveaux », ces « étranges » n’avaient pas perdu de temps. Il faut dire que le coût des terrains était relativement bas, ce qui incitait les gens au flair économe.   
  
Puis, il y a ce 4x4 qui sillonne de plus en plus les rues du village. Troublant comme véhicule qui joue de contraste avec les tracteurs, VTT et les voiturettes à chevaux. Qui étaient ces hommes et qu’est-ce qu’il tentait de repérer ainsi? Les commères jouent d’hypothèses farfelues, mais le tout demeura ainsi, car nul n’ose l’arrêter et lui poser directement la question...  
  
  
  
  



dimanche 29 mai 2016

Camille

 CHAPITRE 1 - CAMILLE


«  Ah, enfin… la voilà cette nouvelle maison ! Il en a fallu du temps pour arriver jusque-là. Heureusement que Nathalie n’a pas le mal de mer…non, mal de route… non, mal de… comment ils disent les grands quand on est malade en voiture ? Nathalie, c’est ma poupée. Elle est belle avec ses longs cheveux bruns et ses yeux bleus. C’est Tatie Carole qui me l’a offerte. Moi j’ai plutôt une coupe courte et noire et aussi des yeux verts. Maman elle dit qu’ils sont en «  amende ». Jamais compris comment ils pouvaient ressembler à un pv. Mais comme elle a l’air tout fier quand elle dit ça, moi je ne dis rien. P’tèt que ça signifie qu’ils valent cher. 
 
Alors, nous voilà arrivés, Papa, Maman, Valentin et moi dans cette rue du bout du monde. Moi, je ne voulais pas partir. Je savais bien que je ne pourrais plus voir Léah et Tommy sans parler de toutes mes copines du tir à l’arc. Comme je pleurais et que je me cachais dans le jardin… derrière la haie… Maman est venue me chercher et elle m’a expliqué que Papa avait été … muré… musé… non, muté. Voilà, c’est ça : muté. Elle a ajouté que c’était une « incroyable opp… opo… opiné… » je sais plus, enfin ça voulait dire que c’était super bien et qu’on devait tous être contents qu’un « ingénieur à Gronome de son calibre ait trouvé une place à sa mesure ». Bon, d’accord, de toutes façons, faut bien que je suive. Mais moi j’ai jamais entendu parler de la ville de Gronome. C’est loin, ça c’est sûr. Mais c’est pas à Gronome qu’on va vivre puisqu’en arrivant dans cette petite ville, j’ai lu sur le panneau « Saint Vincent ». On a eu vite fait de traverser, c’est pas bien grand et je n’ai vu ni ciné ni Mac Do ni salle de sport. Aie aie aie ! J'ai p'tèt pas tout vu.

Papa se gare devant une grande maison toute blanche et sans étage. J’aperçois un grand jardin derrière, une véranda devant et une niche à chien. On va avoir un chien ? Chouette ! Sur la façade, je compte quatre fenêtres et une baie vitrée. Il y a des rideaux déjà. Papa et Maman sont venus préparer la maison avant de nous y emmener. Les déménageurs ont installé tous nos meubles dans la semaine. En attendant, on a vécu chez Tatie Carole, la sœur de Maman. C’était un peu les vacances. Aujourd’hui, on a juste pris nos affaires personnelles. Papa nous a dit à tous les deux  de ne surtout rien oublier. 
 
Valentin se précipite dehors dès que Papa a serré le frein à main. Il saute de la voiture sans faire attention à rien comme d’habitude. Il est nul mon grand frère. Il a trois ans de plus que moi, treize ans, mais franchement il m’énerve. Bref, on en parlera plus tard. Maman me demande de sortir mais j’attends un peu. Je veux voir d’abord. Et puis, je suis bien, assise là, à l’abri. Alors, je laisse trainer mes yeux en « amende »comme un scanner, un radar… rapport aux pv, c’est normal. Il y a cinq maisons dans cette rue qui se termine en cul-de-sac. Deux de chaque côté et une au bout. Nous sommes dans la première à droite. L’ensemble est assez joli car les maisons sont toutes neuves et toutes propres. Les ouvertures sont de couleurs différentes. Notre porte est bordeaux et nos volets roulants aussi. Il y a un garage sur le côté gauche et Papa s’est garé juste devant. Et moi je reste là pour inspecter lieux avant de descendre. 
 
Tiens… une voiture arrive. Un gros 4x4 noir. Des gens en descendent et ils font un salut de la main à Papa. Ils se connaissent alors... 
 
- Camille ? Chérie, descends de la voiture, viens voir ta nouvelle chambre.
Bon, je ne peux pas rester toute ma vie planquée ici.
- Oui, Maman »